Une drôle de chasse à l'ours à Luz-Saint-Sauveur
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Une drôle de chasse à l'ours

à Luz-Saint-Sauveur

D'autres détails de cette cérémonie nous sont donnés par Xavier Ravier dans « Le récit mythologique en Haute-Bigorre » (page 218). Le rituel était le suivant :

Le Jeudi Gras, le cortège passe dans les maisons où le meneur de jeu (le "labaile") invite l'ours à :
1-
montrer comment font les jeunes filles au temps de Carnaval (on vous passe les détails...)
2-
montrer comment faisaient les parents pour faire perdre le bétail dans la montagne (l'ours exécute des sauts périlleux).
3-
Le labourage. L'ours se saisit du bâton que porte le meneur de jeu et fait plusieurs fois le tour de la pièce, excité par le meneur de jeu qui dit :
     
« Se lauras plan        qui signifie :  Si tu laboures bien
     que minjaras plan,                         
tu mangeras bien,
     se lauras poc                                 
si tu laboures peu
     que minjeras poc ».                       
tu mangeras peu.
4-
Enlever les mauvaises herbes. Aux paroles de "Amassa las bimagas, la ratsha, la tisbera, tot aquo que s'i minja lo frut de la terra", l'ours se précipite pour se saisir des jambes des femmes de la maison (de préférence la plus jeune).

Le Dimanche Gras, les participants de la chasse à l'ours se reforment auxquelles viennent s'ajouter de nouveaux personnages. Le cortège défile derrière une charrue attelée à un âne et une chèvre et fait mine de labourer le village. Cette tradition avait des variantes dans les Pyrénées. On pouvait assister à la chasse à l'ours à Luz, mais aussi à Gèdre. Ces traditions carnavalesques (travaux agricoles) se retrouvaient en Espagne et même dans d'autres pays (Grèce, Bulgarie, Roumanie, Allemagne). En Angleterre, elle portait le nom de "Plough Monday" (lundi de la charrue) et avait lieu le Lundi Gras.

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Pendant la période de Carnaval avait lieu dans divers villages des Pyrénées une grande chasse à l'ours.

Nous avons retrouvé cette photo ancienne (vers 1900).

Un article dans le journal local (Nouvelle République du 24 mars 2009) nous en apprend un peu plus sur cette tradition qui, semble-t-il, s'était peu à peu effacée des mémoires.  

Voilà une belle initiative qui, espérons-le, sera renouvelée.

Une chasse à l'ours dans les Pyrénées-Orientales. Retrouvez les différentes « chasses à l'ours » dans l'ouvrage Fêtes pyrénéennes par Violet Alford.

François Pujo de Luz, nous communique cette photo  « exhumée » par son père Pierre. Photo prise avant son service militaire en 1949 où l'on voit :

Debout de gauche à droite : Pierre CARNOT dit Pierrot (gendarme), Pierre PUJO (chasseur), Louis LAFFONT dit Santagnère (l'ours), Georges GUILLEMTOY dit Jojo (labaylo), Claude LAPEYRE (mariouline femme de labaylo).

Accroupis de gauche à droite :

Roger ADAGAS (médecin), Germain RUIZ FERNANDEZ (rabatteur), Jeannot DA SIVA (contrebandier).

Jojo disait « éra perdicolo dét cassa dé ous » qu'il avait appris de chez Hèches à Héas.

Cela commençait par :

At noum dét pa

At noum dét haù

At noum dét ber et du madu, et boste moussu nou comprène plus. Aquiù que dé et méchant pays en yère mourt et nouste Sègne d'éra galo.

Adichat brabes yens,

Qu’arriban de for louègn, destrui aquèro bestio tan dangérouso.

Que rabalhyé éts pourets en es pouralhyères, éts porcs en es pourcatères et lous moutous en es barguères, et ta bous-atis brabes yens qué yèré éra terrou dét billadhye.

En ta récompensa d'aquèro fatigo qu'en sé bleth poudé da dus ouéùs, u péchic dé lard, lou boun Diù qué bat tournaro més tard.

Qué presenti éra mio hénno Mayroulino, qu'en trés hilhs, aquét qu'en hèt u cassayre.

You qué lou bourquéteilh et lou yeteilh per terre et moun fray més arriché qué you, qué croumpé éra carnisso et you la péladisso. E goytat, goytat brabes yens la qualitat d'éra bestio.

Adichat brabes yens,  à l'an prochain !

Le spectacle commençait par « éra perdicolo dé Jojo » où il présentait les acteurs de la scène. Ensuite l'ours dansait puis il s’échappait, le chasseur le tuait mais le médecin pouvait le guérir en fonction des remèdes prescrits par le médecin. « Une douzaine d’œufs, une demie ventrèche, du lard... ». On voit bien Pierrot CARNOT tenir un panier à œufs !!!

(Raconté par Pierre PUJO et Germain FERNANDEZ).