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La grotte des fées

à Louey

Accueil.

Bien des lieux du département des Hautes-Pyrénées ont eu la particularité d'être le séjour des fées :
Grotte de Bours, près d'Agos-Vidalos,
Lou hourat deras encantades, près de Gez-Argelès,
Pierres de Balandrau vers Argelès-Gazost,
Grotte de Montmour, près d'Anla en Barousse,
Deux grottes près d'Avezac,
Lac d'Estaing.


Beaucoup de fontaines sont célèbres par les fées (Hades en patois) qu'on a souvent vues autour de leurs rives. Elles se montraient avec des habits d'une blancheur plus éclatante que la neige. L'opinion les appelait aussi « Las damas blanquos ».

« 
Les fées, Hados, nommées aussi quelquefois las Blanquettes, occupent une place distinguée dans les Mythes populaires. Des fleurs naissent sous leurs pas. » (A. Du Mège - Statistique générale des départements pyrénéens - 1830, tome II, page 372)

Voilà ce qu'on faisait à Aveux, près de Mauléon-Barousse : « 
Sur la foi que les fées visitent les maisons dans la nuit du 31 décembre au 1er janvier, on a soin de leur préparer un repas dans une chambre propre et reculée dont on ouvre les portes et les fenêtres. On croit généralement que ceux qui présentent les meilleurs mets peuvent espérer à la réussite de toutes leurs entreprises. Le 1er janvier, au point du jour, le maître de maison prend le pain qui a été présenté aux fées, le rompt et après l'avoir trempé dans le vin, il le distribue à tous les membres de la famille. Tout cela croit-on porte bonheur. »

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Au pied d'un coteau appelé « Turon du Balabay » au nord-est de Louey, se trouve la grotte des fées.

La grotte se trouve au bord de l'Echez, derrière cet ancien moulin privé qui a été transformé de nos jours en haras pour la pratique de l'équitation.

Pour la trouver, ce fut assez difficile. Notre solution a été de se garer un peu plus loin que le moulin et remonter la rive gauche de l'Echez sur environ 200 mètres.

La voici. L'abbé Mailhet en parle déjà en 1941 dans le Bulletin de la Société Académique des H.-P. Il rapporte que selon la légende la grotte aurait été habitée par des fées, et qu'elle permettait la traversée souterraine de la colline jusqu'au château de la Passade. Il constata qu'en réalité la longueur était seulement de 8 à 10 mètres. Il attribue le creusement de cette grotte à l'action d'une source dans une roche à nombreux éléments calcaires (poudingue).

Paul Claracq la décrit également en 1978 dans le Bulletin de la Société Ramond : « L'accès de la grotte est assez difficile car il faut soit traverser l'Echez en barque, soit descendre la rive Est en s'aidant d'une corde. C'est la première solution qui a été retenue lors de la reconnaissance organisée le 24 décembre 1977, par M. Coquerel, avec l'aide de MM. Dousseau, Dufaur, Vié et moi-même. Comme le laissait penser l'article de l'abbé Mailhet, notre exploration s'est rapidement terminée, au bout de 9,70 mètres exactement ; l'ouverture est de forme ogivale et est presque de hauteur d'homme ; la base est à une faible hauteur au-dessus de l'eau, environ un mètre lors des observations : le boyau assez rectiligne pénètre dans la colline, il est à peu près horizontal ou s'élève légèrement, il se rétrécit puis le plafond s'abaisse brutalement sur la fin. »

La légende des fées liée à cette grotte s'est peu à peu effacée des mémoires. A Louey, plus personne ne s'en rappelle. Ce qu'on sait, c'est que dans les temps anciens, quand on ne trouvait pas d'explication rationnelle à un phénomène (trou, pierre au milieu d'un pré...), l'imagination des hommes prenait le dessus par la création d'histoires et de légendes (fées, sorcières, diable...). On peut même ajouter que ces légendes ne manquent pas dans notre secteur.

Le « château de la Passade ».

Selon la légende, un souterrain reliait la grotte au château. Cette demeure appelée « château », aujourdhui à l'état de ruine, était en réalité une métairie qui appartenait au marquis de Bénac. Là, on raconte que les puissants Seigneurs de Laloubère, de Saint-Martin et de Bénac à qui appartenaient toutes les terres alentour, se réunissaient. Cette maison a été habitée par deux soeurs jusqu'en 1949. Ce qui est moins connu, c'est que le château de la Passade fut un lieu important de la Résistance en Bigorre lors de la 2e Guerre Mondiale. En effet, suite à l'instauration du STO (travail obligatoire) des « maquis » sont créés à partir de 1943. Jacque Longué dans l'excellent « Chroniques de Bigorre » page 58 nous précise que le premier de tous a été établi au château de la Passade par Vladimir Wastof, fils d'émigrés russes et agent du service anglais SOE (Special Operations Executive).

Sur cette carte, on situe mieux les différents lieux. On voit bien que la grotte des fées est située juste à l'endroit où l'Echez forme un coude. Le moulin privé du Balabay a fonctionné jusqu'en 1925 environ, mais le moulin seigneurial de Louey n'était pas là, il était sur une petite route allant vers Hibarette.