Le Barrage de l'Oule :

Un Géant de la Vallée d'Aure

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Le 22 novembre 1950 marqua un tournant décisif pour le barrage de l'Oule. Édifié initialement en 1922, l'ouvrage s'est offert une seconde jeunesse grâce à un rehaussement spectaculaire de 20 mètres, portant sa hauteur totale à 51 mètres. Ce défi technique a consisté à greffer un épaulement en béton sur l'ancienne structure en maçonnerie (schiste et granit). Le résultat fut immédiat : la capacité du réservoir a presque triplé, passant de 6,5 à 16,6 millions de m³, boostant ainsi la production de la centrale d'Aragnouet-Eget.

Lac de L’Oule, vue générale du chantier en 1950.

Monsieur Yves Leparoux a activement participé à ce chantier colossal de 1950. En 2025, son fils, Paul (né à Gaillac en 1947, dans le Tarn) a entrepris un magnifique travail de mémoire en rassemblant les souvenirs et les photographies d'époque de son père. Nous le remercions chaleureusement d'avoir eu l'amabilité de partager ces archives inédites avec nous, nous permettant ainsi de replonger dans l'histoire de notre patrimoine hydroélectrique.

Barrage de L’Oule : un témoignage précieux du passé

L'épopée du barrage de l'Oule (1949-1951)


Chroniques des grands chantiers

La Vallée d'Aure fut le point d'entrée de ces chantiers titanesques : les barrages de Cap-de-Long (alimentant la centrale de Pragnères via la vallée de Luz), de l'Oule, d'Aumar, d'Aubert, ainsi que la création de la route depuis Fabian et Aragnouet qui fit la réputation de Saint-Lary.

La vie à Cadéac-les-Bains

Dès 1949, Yves travaille au rehaussement du barrage. Il avait loué une maison à Cadéac-les-Bains, pour la famille qui s'est agrandie en juin 1950 avec l'arrivée de mon frère Marc. Mais, comme tous les ainés, il naitra à Gaillac !

La maison donnait directement sur la rue, unique voie de communication vers les sommets. Le quotidien était rythmé par le ballet des énormes camions Diamond transportant des tonnes de ciment, faisant trembler les murs. Marc, encore enfant, apprenait à marcher tout en identifiant au bruit du moteur les 2 CV, 4 CV, Tractions et autres camions de passage.

Hostilité et "fourberie" à Fabian

La construction de la route d'accès à Cap-de-Long depuis Fabian (Aragnouet) fut menée par la SAEETP, avec M. Poirier représentant l'Auxiliaire. Face à l'hostilité compréhensible des habitants face aux nuisances, il fallut ruser : les ouvriers préparèrent discrètement le minage sur tout le parcours de la route. La mise à feu simultanée des charges mit tout le monde devant le fait accompli : le passage était ouvert.

Le quotidien au Barrage de l'Oule

Yves passa l'hiver 1949/1950 dans les galeries d'alimentation reliant le lac d'Orédon à la retenue de l'Oule. Le chantier était marqué par des conditions rudes :

- Le climat : Des hivers enneigés et des avalanches coupant les routes, qu'il fallait dégager au bulldozer.

- Le transport : On montait au barrage soit en Jeep, via une piste en épingles à cheveux vertigineuses au ras du précipice, soit directement dans la benne destinée aux matériaux, avec une liberté totale vis-à-vis des normes de sécurité de l'époque.

- La camaraderie : Yves y côtoya ses collègues et patrons, parmi lesquels Bourdages (François, un " Gadz'art " originaire d'Arreau), Potié (Romain, voisin de rue à Cadéac), ainsi que Lavabre et Henrion.

L'anecdote du braconnier

L'esprit débrouillard d'Yves se manifestait aussi au bord de l'eau. Il utilisait une " araignée " (un filet très fin posé pour attraper les poissons par les ouïes) pour fournir des truites fraîches à la cantine du chantier.

Barrage de L’Oule, reprise entre vieux et nouveau.

Déversoir des eaux de l’Oule.

Barrage de L’Oule, en haut : la benne à béton.

Cette période de labeur se conclut par un banquet de clôture mémorable et bien arrosé.

Le canal de Hèches

Déviation du canal de Hèches lors de la construction du pont canal.

En 1950/1951, Yves Le paroux participe à la réalisation du pont-canal de Hèches, de deux plateformes pour les pétroliers et d'une galerie à Fabian. C'est à cette époque qu'il fit l'acquisition de sa première voiture : une Peugeot 201 beige d'occasion. Une voiture peu vaillante dans les pentes : pour franchir la côte de Montréjeau, il lui fallait prendre un élan considérable, faire le tour de la place du Marché, et relancer la machine pour enfin atteindre la rue principale…

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