Petite histoire des bains-douches

à Tarbes

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Daniel Mur (textes et photos) continue la petite histoire de l’hygiène publique dans notre bonne ville de Tarbes. Merci habituel aux archives municipales de Tarbes pour les anciens clichés et coupures de presse.

Encore une institution disparue les BAINS-DOUCHES :     

C'est en 1908 Le 1ER Août, un samedi exactement, que les BAINS-DOUCHES ouvrent à Tarbes (Place du Marché au BOIS). Le lendemain, dimanche 2 Août, c'est au tour des BAINS-DOUCHES de la place de l'Hôpital (Place Henri-Dunant) d'ouvrir à leur tour. Il faut dire que très peu de gens possèdent une douche ou une baignoire individuelle à cette époque à Tarbes au contraire des villes thermales du département qui, elles, ont des douches.

Qui a été l'instigateur de ce changement ?

C'est ni plus ni moins une Banque ! La CAISSE d'EPARGNE  et elle l'a fait dans la France entière dans une multitude de villes. Un contrat a été passé entre la ville de Tarbes et la CAISSE d'EPARGNE l'autorisant à construire les pavillons des bains douches. Le bail qui a été passé est un Bail emphytéotique c'est-à-dire un bail de 90 ans. La CAISSE d'EPARGNE paiera un loyer de 1 F par an pour chaque pavillon  à la ville.

Historique de la CAISSE D'EPARGNE (Quand les lieux racontent l'Histoire de France Par Nicolas Eybalin) : Tout le monde connait la Caisse d'Epargne et son livret A. D'ici quelques années, exactement le 29 mai 2018, nous célébrerons le bicentenaire de sa création ! Savez-vous que le premier établissement a ouvert ses portes au 19 rue du Louvre à Paris, dans un hôtel particulier conservant de nos jours une belle salle de conseil, une façade sculptée et des dessus de portes aux armes du premier propriétaire ! Un hôtel particulier prédestiné à la finance, le baron Thoinard de Vougy, fermier général, c'est-à-dire récolteur des impôts sous Louis XV fait construire en 1730 un superbe hôtel particulier, décoré de dorures et de peintures, au 9 rue Coq-Héron. Son gendre devient premier président de la cour des comptes et entre 1786 et 1798, et l'hôtel est habité par le directeur des contributions indirectes. Le concept d'épargne et de prévoyance voit le jour pendant le Siècle des Lumières ; un banquier du nom de Delessert lance en 1787, la « Compagnie royale d'assurances sur la vie », dont il occupe la place de dirigeant, proposant plusieurs formules d'assurances. Parmi les actionnaires et administrateurs, on trouve des personnages connus et renommés comme Condorcet, Talleyrand, Mirabeau. Comme la Révolution n'est pas loin, le public ayant d'autres soucis, cette compagnie est dissoute en 1793, mais elle peut être considérée comme l'ancêtre de la Caisse d'Epargne. Sous le Directoire et l'Empire, les frères Enfantin installent une banque dans cet hôtel particulier. En mai 1818, sur le modèle  anglais, le baron  Benjamin Delessert  (fils du précédent) associé au duc de La Rochefoucauld-Liancourt décident d'ouvrir toujours au même endroit, une institution nommée Caisse d'Epargne. Elle aura pour but d'encourager l'épargne populaire, mais il faut expliquer au public le bien fondé de bien gérer leur argent dans une période où les conditions économiques sont difficiles. Le baron disait « tâchons de faire comprendre au peuple les bienfaits, on peut presque dire les miracles, de l'économie » avant de remettre aux épargnants le fameux livret d'épargne où les versements et les intérêts sont inscrits, en fait l'ancêtre de notre livret A. Cet établissement est d'abord privé, constitué en une société anonyme, dont les fondateurs sont des banquiers comme par exemple Laffitte gouverneur de la Banque de France, des administrateurs de la Compagnie royale d'assurances maritimes ou encore le baron de Staël, petit fils de Necker. En juillet de la même année, Louis XVIII autorise l'existence de la « société anonyme formée à Paris sous le nom de Caisse d'Epargne et de prévoyance », mais le succès escompté tarde à venir ! L'institutionnalisation des caisses d'épargne : En 1835, l'Etat intervient et assure la garantie des dépôts au Trésor Royal, verse un intérêt fixe, puis confie la gestion à la Caisse des Dépôts et déclare les caisses d'épargne « établissement privés d'utilité publique ». Avec ces transformations, la confiance des épargnants revient et augmente. A tel point que 12 ans plus tard, la France compte tout de même 364 Caisses d'Epargne sur le territoire. En juillet 1895, les Caisses d'Epargne doivent se soumettre à la loi indiquant que le principe de l'emploi des fonds est celui des fonds de l'Etat. Par ailleurs, elles doivent constituer un fond de réserve spécial et supplémentaire, appelé « fortune personnelle » en plus de la réserve obligatoire recevant l'excédent des revenus pour couvrir les moins-values. Cette « fortune personnelle » est constituée de dons, de subventions et du solde entre les intérêts perçus et les montants reversés aux déposants. Cette réserve supplémentaire va servir à financer des logements peu chers, des bains-douches, des œuvres de solidarité nationale, d'hygiène sociale, d'assistance ou de bienfaisance. Les Caisses d'Epargne participent aussi à la vie des collectivités et organismes publics en leur octroyant des prêts. On peut donc affirmer que cette épargne a joué un grand rôle dans le financement de l'économie nationale. Après guerre, presque tous les foyers détiennent un livret ... mais cette institution faillit ne plus voir le jour, car elle fut autorisée comme les banques, à participer à des activités spéculatives !

Coupure de presse : les bains-douches de la place Henri-Dunant à Tarbes.

On peut prendre des douches froides ou chaudes. L'eau pour la douche sera de l'eau potable chauffée par une chaudière à bois alimentée par l'employé chargé de cette tache ainsi que du nettoyage des cabines plus tard le gaz remplacera le bois et sera remplacé lui-même le fuel. Voici le tarif qui a été arrêté : - Bain-douche : 0 F 15 ; -Savon : 0 F 05 ; -Serviette : 0F 05; -Peignoir : 0 F 25.


On pouvait lire encore, il y a quelques années sur la porte des bains de la place Henri Dunant : « Douches Populaires de la Caisse d'Epargne ».

C’est un vrai succès.

Bains-Douches Populaires à bon marché

Ces établissements étaient de première utilité pour la population ouvrière tarbaise si digne d'intérêt, et toutes les difficultés ont été surmontées. Depuis l'exploitation des deux établissements, l'un (celui de la place au Bois) depuis le 1er août, l'autre (celui de la place de l'Hôpital) depuis le 2 août jusqu'au 15 août inclus, le nombre de douches prises a été de : - Hommes : 1545 ; - Femmes : 738 ; -Militaires : 100 ; - Enfants ; 463 soit au total : 2841. Qu'on nous permette en terminant, de reproduire ce que disait un jour le brillant écrivain, Jules Simon, « Si la France était menacée d'une épidémie, et si l'on me demandait, que faut-il faire pour l'en préserver ? Je répondrais sans hésiter lavez-la !! » La population tarbaise n'a pas à redouter une épidémie: elle se lave !!! d'après le Journal « Les Pyrénées » 16 - 17 Août 1908.

Exposition de caravanes en 1980.

Photos du Service Urbanisme de la Mairie de Tarbes en 1992, avant la destruction :

Les bains-douches de la Place aux bois à Tarbes (disparus)

Début des années 1980 d'après les recensements 84 % des Tarbais possèdent une douche ou une baignoire c'est la mort annoncée des bains-douches. Devant la désaffection des bains-douches ceux de la Place au bois ferment fin des années 1980, les locaux sont laissés à l'abandon, en 1993 on les démolit remplacés aujourd'hui par le boulodrome Yves VETTES et des canisettes contre le transformateur électrique.

Photo 2015.

Les anciens bains-douches de l’hôpital, place Henri-Dunant (existent encore)

Seuls ont survécu les locaux de la place Henri-Dunant qui ont été transformés en local technique pour les balayeurs des services municipaux de Tarbes.

Photos du Service Urbanisme de la Mairie de Tarbes en 1992 :

Photos du bâtiment en 2015 :

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A voir aussi notre page sur les Bains Péré de Tarbes.